J'ai lu,  PAL/Librairie,  Premier roman,  RL2019

Tous tes enfants dispersés de Beata Umubyeyi Mairesse

« Ma gorge sèche s’est faite couvercle de chagrin. »
Bonjour,
J’ai terminé le mois de Septembre avec une très belle lecture. J’en ressors très agréablement surprise.
Avant tout, voici L’incipit :
« C’est l’heure où la paix se risque dehors. Nos tueurs sont fatigués de leur longue journée de travail, ils rentrent laver leurs pieds et se reposer. Nous laissons nos cœurs s’endormir un instant et attendons la nuit noire pour aller gratter le sol à la recherche d’une racine d’igname ou de quelques patates douces à croquer, d’une flaque d’eau à laper. Entre eux et nous, les chiens, qui ont courru toute la journée, commencent à s’ssoupir, le ventre lourd d’une ripaille humaine que leur race n’est pas près d’oublier….  » 😍

Tous tes enfants dispersés de Beata Umubyeyi Mairesse inonde de ce que l’autrice appelle les mots baumes. Beata, rescapée du génocide Rwandais des Tutsi en 1994, développe ici une belle sensibilité. J’en suis ressortie bouleversée.
Un roman à plusieures voix en alternance : Celles de Blanche, de sa mère Immaculata et de Stokely, fils de Blanche et Samora.
« Retrouvailles de cœurs en lambeaux. »
Lorsque Blanche raconte, elle s’adresse directement à sa mère, « impala ». C’est triste, c’est beau. Ces « mots sauvés, ressuscités ». Ceux d’Immaculata pour son fils Bosco aussi, avant la guerre.
Blanche retourne à Butare trois ans après avoir fui le génocide Rwandais.
« Retrouvailles de cœurs en lambeaux. »
Une profonde empathie se développe au fil des mots.
Sur la difficulté de dire, de renouer avec sa mère après des années de séparation, sur fond de génocide, le besoin de nommer les choses, de guérir les chagrins, l’instinct maternel, le corps féminin, l’identité, la folie des hommes, le corps outragé …Des mots comme un massage qui élimine les tensions. Un besoin de libération et d’apaisement se ressent fortement, jusqu’aux larmes.
Tellement de délicatesse aussi dans ces pages blessées pour peser chaque mot et ne pas réveiller une plaie encore à vif, respecter le mutisme, le silence de celui qui a perdu la force de communiquer, de vivre, apaiser la culpabilité, les regrets.
À lire, à découvrir, Tous tes enfants dispersés est un premier roman de toute beauté à cajoler ! N’avons-nous pas nous-mêmes des « mots fantômes » endormis à ressusciter ?💔❤️
Une lecture du début du roman par Beata et Gaël Faye suivie d’une interview à la maison de la poésie est accessible sur YouTube. Je l’ai écouté avec un grand plaisir. 🎧
Un de mes choix de cette rentrée littéraire. Je le conseille vivement ! Une autrice à suivre, c’est certain.🍁
Aux Éditions Autrement.

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