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Traversée de l’été

« Même quand nos pieds foulent une route boueuse, nos yeux doivent caresser les étoiles. »

𝕋𝕣𝕒𝕧𝕖𝕣𝕤é𝕖 𝕕𝕖 𝕝’é𝕥é 𝕕𝕖 𝕁𝕖𝕠𝕟𝕘 𝕐𝕠𝕦-𝕛𝕖𝕠𝕟𝕘
Traduit du coréen par Kyungran Choi et Bessora
350 pages
𝗖𝗼𝗹𝗹𝗲𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗝𝗲𝘂𝗻𝗲𝘀𝘀𝗲
Matin Calme Polar

« Je me souviens du ciel, à midi, le 14 Août 1986. Le soleil tapait fort, mais les éclairs n’en touchèrent pas moins le sol après deux grondements de tonnerre. La première fois, gentiment ; la deuxième, furieusement. Puis ce fut le silence. » Incipit.

Voici le premier roman de la Collection Jeune adulte des Éditions Matin Calme. Par l’auteure de « Généalogie du mal ».

J’en ressors agréablement surprise. J’appréhendais le côté jeunesse. Je découvre une profondeur, des personnages courageux, déconcertants, une plume alternant entre le caractère introspectif du jeune narrateur prenant le temps de réfléchir, d’être à l’écoute de son ressenti, et les nombreuses péripéties contrariant sa nature et le précipitant dans l’urgence. La fraîcheur des dialogues est à souligner, j’ai passé un bon moment. C’est clairement un roman jeunesse dans un contexte historique dramatique en Corée du Sud. Ce pays fut meurtri par la dictature militaire. Il est peuplée de fantômes, de martyrs du passé. Le 18 Mai 1980, c’est la révolte étudiante à Gwangju. Une répression répond sans tarder, meurtrière…Août 1986, Junho a quinze ans. Sa mère s’est récemment remariée, son père a disparu depuis longtemps sans donner de nouvelles. Pauvre Junho, il se console comme il peut, en se réfugiant déjà dans la nature. La police et les espions sont partout, son père, nulle part… Gyuhwan, son ami d’enfance, lui confie alors une « mission de famille » : retrouver son grand-frère Juhwan en cavale et leader d’un mouvement étudiant. Le destin réunit trois adolescents : Junho, Jeongha et Seungju, tous trois fugitifs à leur manière. Un chien diabolique souvent amusant appelé Roosvelt et un vieux loup de mer appelé Papy sont aussi du voyage qui s’annonce contrariant, pénible pour le groupe. Ce vieux loup de mer m’a séduite. Un beau personnage qui n’a pas dit son dernier mot. Pas de la tarte de faire confiance par les temps qui courent, on se méfie aussi du chien. Fort heureusement, le voyage est assez long pour laisser le temps à chacun de dévoiler sa personnalité et son douloureux vécu. Pour s’adapter aux situations. Ce roman jeunesse se lit se boit comme du petit lait, dépayse. Nous traversons la Corée du Sud sur terre et sur la mer. Ce n’est pas du tout un long fleuve tranquille.

Papy, vieux loup de mer, tu restes un géant sur terre. Les pieds dans la boue, ton corps s’étire et tes yeux caressent les étoiles.

Pourquoi suis-je sur cette route ? Avec qui ? Dans quel but ?

Notre vie est un long périple semé d’embûches et de rencontres improbables dont la rencontre avec nous-mêmes dans des circonstances parfois dangereuses. J’ai aimé l’idée qu’il est permis de garder espoir dans sa vie, d’alléger ses souffrances, même celles des autres en pensant à eux, qu’il est possible de se confier, de créer des liens même si nos chemins se séparent un jour, d’être consolé malgré la honte et la culpabilité. L’idée d’une certaine humanité, les pieds dans la boue, les yeux libres de caresser les étoiles et les bras pour consoler !
À découvrir.

Je remercie Pierre et Chloé des Éditions Matin Calme pour leur confiance.

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