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Alpha Bêta Sarah de Constance Chlore

« Sarah court. Le souffle de la course, la respiration haletante et les branches au sol fracassées. Elle n’est pas poursuivie, elle ne rentrera plus. C’est tout.
Elle ne rentrera plus.
Elle ne voit pas la fin de l’été dans les feuilles légèrement roussies, elle ne voit pas cette cage autour de son corps, branchages inextricables dans lesquels elle s’enfonce. Elle ressent : cette haine. De délirantes couches de feu. » Incipit.
𝔸𝕝𝕡𝕙𝕒 𝔹ê𝕥𝕒 𝕊𝕒𝕣𝕒𝕙 𝕕𝕖 ℂ𝕠𝕟𝕤𝕥𝕒𝕟𝕔𝕖 ℂ𝕙𝕝𝕠𝕣𝕖, aux Éditions Le Nouvel Attila, Collection Incipit. Un livre lu en pleine période de chasse, malheureusement.

« Une explosion. Sarah la ressent à l’intérieur. Elle s’y tient à la limite de l’existence ou de la disparition : en un point très léger et pointu. »

Une prose poétique hallucinante ! M’a ensorcelée, amusée (Onomatopées, rythme), emportée loin entre cauchemard et réalité, à la rencontre de Sarah et Ernst, frère et sœur fusionnels, et de leurs parents Maud et Dan.
Maltraités par leur père, le village sait mais le village se tait ! Sarah s’est enfuie et ne rentrera pas. Ragots chez Dédé, le bar du village. Cahuns, son chantier, « un monde d’hommes et de travail, de corps sans cesse sollicités, forcis, forcés, quand ils ne sont pas broyés. »

« Sarah se cache, cache-cache. »

Sarah, animal de nuit, avalée par la forêt et ses pièges, haine et violence emprisonnées. Haine et violence de leur père chasseur. Fuir. Ramper.

Ernst. Devenir oiseau et voler de ses propres ailes ? 

« Ernst retrouva son rire d’enfant heureux : interrompu net ; l’abeille venait de s’effondrer. Usée, l’abeille d’avoir volé tout un été, son corps frêle est tombé. Toutes ces petites bestioles mortes auprès de leurs fleurs nues… »

Violence de la séparation. Violence du désir aussi.
« Femme qu’on insulte pour battre, non pas la femme : son propre désir. »
Vie sauvage, se transformer ? Survivre.
Jusqu’où aller dans l’expression de la souffrance, de la folie de cette famille, du village ? C’est ce que Constance nous fait découvrir ici, entre amour et haine, ciel dangereux et terre dévorante, avec une créativité haletante surprenante ! Certaines scènes m’ont particulièrement émue : L’oiseau Ernst atterrissant à côté de Sarah. Sarah s’endormant près d’un cerf.
Banalisation de la maltraitance des enfants, femmes, animaux à Cahuns. Tristesse. Qui les protègera ?

« La violence n’était ni exclue ni remise en cause, elle faisait partie de la vie. »

Creuser, creuser, à la rencontre de ce que l’on cache, faire jaillir la beauté. Mais au fait, les rires des enfants ? Le vol des abeilles ? L’oeil du cerf, le langage des arbres ? Nos rêves, nos désirs : Ensevelis ? Envolés ? A la rencontre de ce que l’on cache. Accorder nos blessures.
Angoisse et mort enchevêtrées.
L’ écriture de Constance Flore : Expérimentale, animale, poétique, réaliste, sauvage, cruelle et taboue, m’a tellement touchée. Et que dire des dernières pages ? 
A lire, pour sortir des sentiers battus et se perdre en règles grammaticales évanouies, en désir de disparition.

Une prose poétique de toute beauté, qui, je l’espère, pique déjà votre curiosité, titille votre grain de folie. J’ai aimé m’abandonner dans ce livre. A découvrir.

« Les branches claquent, elle les écarte ; les branches craquent, elle les écrase : ça craque, craquette, cric crac. »

Je remercie chaleureusement les Editions Le Nouvel Attila pour leur confiance.

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