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La belle lumière d’Angélique Villeneuve

« I.
Juin 1886.
Ça ne sert à rien de crier. À rien de l’appeler.
Et pourtant, dès l’instant où la petite s’est trouvée aspirée par le ventre griffu des buissons, elle appelle et elle crie. Comme si la masse des rhododendrons sauvages pouvait lui répondre, ou tout au moins recevoir sa plainte.
Elle se penche, bien campée sur ses jambes, ouvre grand la mâchoire et un son grave éclabousse ses dents, un mugissement de vache. Si quelqu’un la voyait ainsi. L’entendait… » Incipit.

« Il est l’heure, la belle heure de la belle lumière. Celle qui berce et réchauffe. Celle dont jamais Helen ne pourra se réjouir. »
𝕃𝕒 𝕓𝕖𝕝𝕝𝕖 𝕝𝕦𝕞𝕚𝕖𝕣𝕖 𝕕’𝕒𝕟𝕘é𝕝𝕚𝕢𝕦𝕖 𝕍𝕚𝕝𝕝𝕖𝕟𝕖𝕦𝕧𝕖, une fiction inspirée des vies réelles de Kate et Helen Keller, mère et fille, en Alabama, de 1878 à 1888, écrite à la troisième personne du singulier.
Elle est maman d’une « petite Sorcière » aveugle et sourde, sauvage, « ardente, explosive », folle ? A enfermer ?
Kate, son caractère introverti, ses pensées troublantes, sa souffrance, mêlant passé et présent. Des émotions gardées sous silence dans un climat inquiétant, toujours douloureux, tellement.
Vivre, quel mot effrayant. Mourir, c’est ne plus dire un mot. Craindre la mort de son enfant, la nuit de son enfant. Et puis les autres, vivants…
« Les mots du docteur crépitent dans la chambre à la façon du bois cédant sous l’action de la chaleur, ils se faufilent en elle et explosent, ils brûlent et blessent, Helen ne va pas survivre. »
« Car sur son dos se tient la petite fille folle que le monde voudrait savoir morte. »
Ah ! La violence de l’entourage, la colère, ce sentiment effrayant !
Ah ! Ce regard de l’inconnu, « jaillissant sur elle comme une guêpe. » Danger.
Ah ! La solitude et la force des femmes, mères, épouses ! Seules avec cette différence effrayante et le poids de leur culpabilité, leur honte !
Restent les roses, les chèvrefeuilles, fleurs consolatrices. Reste ce désir puissant de goûter le monde, de grogner, griffer, n’est-ce pas Helen ?
Helen Keller, un incroyable destin à découvrir. Kate et Helen Keller, un amour mis à rude épreuve dans un monde intolérant. Mise en lumière ici de « tout ce qui ne se dit pas », de ces « hurlements qui se rassemblent à l’intérieur des ventres sans jamais en sortir » et de l’apprentissage d’Helen avec la maîtresse, miss Sullivan.
Très intéressant, bouleversant, dédié aux femmes qui veillent sur les autres femmes, à la nature sauvage, une écriture vibrante, et quelle fin ! Un très beau roman !🖤

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