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Dégels de Julia Phillips

Incipit:
« Sophia avait ôté ses sandales et se tenait au bord de l’eau. La baie se faufilait entre ses orteils comme pour les avaler. Eau salée grise sur peau lumineuse. Va pas plus loin « , lança Alyona.
L’eau se retira. Alyona regardait les pieds de sa sœur, les cailloux qui brisaient leur voûte plantaire, l’arc de poussière sablonneuse laissée par les vaguelettes. Sophia se pencha pour rouler les jambes de son pantalon et sa queue-de-cheval bascula par-dessus sa tête. Ses mollets étaient striés de traînées de sang caillé, restes des piqûres de moustique qu’elle avait grattées. Alyona devinait, à voir la ligne ferme de sa colonne vertébrale, que Sophia refusait d’écouter.
« T’as pas intérêt », dit-elle… »

Mon avis:
Le souffle court !
J’ai lu Dégels de Julia Phillips aux Éditions Autrement et traduit par Heloïse Esquié.
Un roman faisant la part belle à la psychologie féminine, dans lequel chacune d’entre nous pourrait se retrouver, frémir, trembler !💙
Bienvenue au Kamtchatka, péninsule volcanique isolée et magnifique, en Russie. C’est le mois d’août superbe. Dans un premier chapitre bouleversant, Sophia et Alyona, deux jeunes sœurs de 8 et 11 ans disparaissent 💔. Dès lors, la paranoïa et les rumeurs s’installent parmi les habitants. Être une jeune fille au Kamtchatka, un danger !
Les chapitres suivants correspondent aux onze mois après ce fait divers. De nombreux portraits féminins se succèdent au fil des chapitres, mois après mois et au rythme des saisons. Le lecteur baigne dans ces eaux féminines plus ou moins noires. Une dizaine de femmes peut-être fortes et sûrement belles à leur manière noircissent les pages, dans leur quotidien, leur vie sentimentale, leurs préoccupations. Et toujours ce « Que sont devenues les sœurs Golovskaya ? » en arrière-plan.
Comment peut-on oublier ces jeunes filles non protégées ? Comment oublier cette réalité violente et insupportable faisant d’elles des êtres vulnérables ?!
Être femme. Garder secrètement au plus profond de soi la beauté de ce monde, ses mystères, ce que l’on protège et que l’on ne partage pas sous peine de le salir. La liberté de penser, de ressentir, d’aimer, d’intérioriser comme un rempart à la violence, à la souffrance !
« Comme elle était heureuse de garder ce secret. Comme il était en sécurité, à l’intérieur d’elle-même. »
J’ai beaucoup aimé vibrer avec elles toutes, nos vulnérabilités à l’unisson. ❤️
La souffrance contenue de ces femmes est partout dans les pages. Mais aussi leur beauté, leurs traditions, leur passé. L’une d’entre elles est issue de la communauté des Évènes, éleveurs de Rennes. 😍 Magnifiques descriptions. La vie continue mais toujours on repense aux jeunes disparues. Sont-elles encore vivantes ? Leur mère se confie… L’autrice elle-même a vécu au Kamtchatka grâce à une bourse d’écriture.
Merci beaucoup aux Éditions Autrement pour cette lecture émouvante du premier roman de cette autrice ! La suite avec impartience! En librairie le 28/08/2019.

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