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Celui qui revient de Han Kang

Traduit de coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batillot
220 pages
Le Serpent à plumes
Relecture

« On dirait qu’il va pleuvoir, murmures-tu. Que faire s’il pleuvait vraiment ? Tu fixes de tes yeux mi-clos les ginkgos qui se dressent devant la préfecture. Comme si parmi les branches qui s’agitent allait soudain surgir la silhouette du vent. Comme si les gouttes de pluie cachées dans le particules d’air allaient gicler en même temps et briller dans le vide telles des pierres précieuses. » Incipit.

__Un roman douloureux et magnifique dédié à ceux qui ont été tués car ils ont préféré mourir debout plutôt que de vivre à genoux, parce qu’ils se sont révoltés contre la loi martiale, dédié aux survivants des massacres, aux torturés par la culpabilité du survivant. A Gwangju en Corée du Sud. Le dictateur Sud-coréen Chun Doo-hwan était surnommé le « boucher de Gwangju ».
Dès le début, le lecteur est au plus près des corps des martyrs pour une cérémonie d’hommage. Du réalisme brutal et définitif naissent les premiers questionnements à la lueur de la bougie:
« Quand un vivant regarde un défunt, l’âme du mort ne serait-elle pas là, à côté, à scruter son visage ? »
Combien de temps l’âme reste-t-elle près du corps ? Bat-elle des ailes ? Est-ce ce qui fait trembler la flamme de la bougie ? »
Notre âme est un petit oisillon dans notre corps. Il sera libéré au moment de notre mort et souffre en cas de mort brutale et injuste. Cette âme aussi s’interroge et a besoin d’apaisement.
Le chapitre intitulé « Des souffles noirs » dévoile celle de Chongdae, jeune fille âgée de seize ans à l’état de dépouille parmi d’autres dépouilles. Son âme est témoin du vulgaire tas de chairs en putréfaction que sont devenus les vivants exécutés. Des corps mutilés par les soldats du gouvernement. Elle s’adresse au corps qu’elle a habité. Mon passage préféré.

« J’avais envie de briser cette force qui émanait de cet être mort, fine et tendue comme une toile d’araignée, et qui me retenait. »

Chaque chapitre peut être lu comme une nouvelle avec le même fil conducteur douloureux.
« L’homme est-il cruel par nature? » Sérieusement ?
Les différentes narrations témoignent de l’enfer de la répression militaire. Beaucoup n’ont pas échappé aux tortures, à l’emprisonnement, au tribunal militaire, à la mort. Révoltant. J’ai ressenti plus de tristesse et de dégoût de vivre dans le même monde que ces monstres dénués d’humanité lors de cette relecture. Un texte épuré dans lequel le lecteur se sent un peu mourir lui aussi tandis qu’il rallume les bougies. Tragique!

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