Une chouette lecture !

Pantruche de Fernand Trignol

Je suis né à Neuilly-sur-Marne le 20 Juillet 1896.
Mon dab était secrétaire de mairie. Il gagnait cinq à six cents francs par mois, sans compter les suppléments. Grâce aux asiles de Ville-Évrard et de Maison-Blanche, tous les jours deux ou trois nières la glissaient…  » Incipit.

« Ce livre – parfois déglingué – représente, par son charme et ses qualités objectives, tout ce que nous défendons. Cela tient en un mot : le style. » Les Lapidaires.

PANTRUCHE
Ou les Mémoires d’un truand
208 pages 🍷
Première parution:1946
Préface de Jean Gabin
Exhumé par @leslapidaires

« L’argot, c’est le verbe devenu forçat. » Victor Hugo.

Mon pote, voici un petit livre autobiographique peuplé d’anecdotes parisiennes plus ou moins drôles écrites en argot de l’époque, de la naissance de Fernand Trignol en 1896 à Neuilly-sur-Marne, jusqu’aux années 40. Préfacé par Jean Gabin lui-même, son ami. Le glossaire m’a bien dépannée quand j’y comprenais que dalle et je dois bien avouer qu’il était amusant de découvrir tous ces mots secrets et chantants. Un régal. Quelle bienveillance et quel tempérament ! On comprend pourquoi Fernand Trignol a été dialoguiste et conseiller en réalisme sur les plateaux de cinéma, notamment avec Jean Gabin, Arletty, Fernandel. Une petite pépite historique exhumée par la maison d’édition parisienne Les Lapidaires, en 2020. Une peinture authentique de la fripouille humaine, de ses combines et de son éloquence voyoute, qui ne s’embarrasse pas de la morale et du pouvoir mais chérit l’amitié. Pantruche ou les Mémoires d’un truand, c’est un théâtre à ciel ouvert qui passionne les intellectuels, les écrivains, les metteurs en scène qu’il a rencontrés. Fernand Trignol comprend très jeune qu’il « faut tricher avec la vie et faire un peu d’harnaque… » pour s’en sortir. Il grandit rue de Vanves, une des rues les plus mal famées à l’époque, côtoie les truands en espadrilles du quartier comme Bébé la Méthode, la Tulipe….Amusants sobriquets des personnages et  dialogues ! Du tapin, du coup de couteau, du flingue. Comme la vie n’est vraiment pas sérieuse, il est aussi témoin de l’arrivée des boches dans Paris. Plus largement, il observe tout le long de sa vie les malhonnêtetés et les conneries humaines, toutes classes confondues.
« C’est tellement cave la guerre. »

« Il est matériellement prouvé que cinq ans après avoir gagné facilement leur fortune les nouveaux riches dont tondus, soit par les cercles, les courses, les gonzesses, les boîtes de nuit, soit par les banquiers, la Bourse, les notaires qui se font la paire avec le crapautard. »

J’ai levé les yeux au ciel lorsqu’il parlait des gonzesses. La condition féminine, on en reparlera plus tard. J’ai aimé son côté « anar » parisien bien décidé à emmerder le lecteur, à laisser libre cours à une certaine poésie, à son expression. Pantruche ou les Mémoires d’un truand est agréable à lire de part son format, ses rabats bien solides, sa belle couverture, son ton amical et encore plus son authenticité ! Le lecteur n’est pas au bout de ses surprises et comprend qu’il vit en voyoucratie, c’est un peu terrifiant d’ailleurs. Si cet argot est devenu langue morte, la misère, elle, est toujours bien vivante, elle gronde la garce. Une chouette lecture, pleine d’humanité, qui a su piquer ma curiosité. Lu avec plaisir.

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